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Les Galeries plongeantes de Baudour ou "tunnels inclinés"
Préambule
Dénomination historiquement consacrée et se référant à deux galeries à
grande section, creusées en pente depuis la surface, sur des longueurs de
929 m (tunnel I) et 876 m(tunnel II), aveugles au fond.
Les eaux chaudes se sont manifestées à diverses profondeurs dans les deux tunnels.
Il s'agit cependant d'une seule eau chaude minéralisée (sulfatée, calcique essentiellement).
Cette eau chaude profonde (53°C) ne doit pas être confondue avec l'eau "minérale" de
Baudour, superficielle et froide, vendue comme eau de boisson.
Le projet de creusement des tunnels inclinés de Mr Albéric Passelecq
La Société anonyme du Charbonnage de Baudour entreprit en 1899 d'exploiter
le gisement houiller du "Comble Nord", en évitant les morts-terrains, et en creusant des galeries
à grande section, à partir de la surface dans le Bois de Baudour.
Les données suivantes proviennent de la Communication sur le Charbonnage de Baudour réalisée
le 18 juin 1900 qui présentent les projets de la Direction du Charbonnage:
La Concession de l'Espérance, accordée en juin 1843, comprends 3576 hectares.
Il semble que la partie sud de la concession est productive.
On sait par sondages (sondage de Bonsecours) réalisés à Baudour et à Douvrain (sondage
de la ferme de Braine) que le houiller est présent sous une forte assise de morts-terrains
aquifères à une profondeur de 230 mètres. Il n'y a pas eut de suite à ces sondages.
La position la plus adaptée pour l'implantation des puits de mine serait située
plus au sud mais l'assise des morts-terrains y serait supérieure à 300m.
Les morts-terrains sont composés d'une épaisseur variant entre 144 et 177 mètres
de craies fortement aquifères ce qui augmenterait les difficultés lors du creusement.
La tranchée du chemin de fer de St ghislain à Jurbise a permis de découvrir la présence
du houiller en affleurement. Une mince couche de charbon (coureuse de gazon) très pyriteuse
était d'ailleurs visible.
11 puits creusés dans le Bois de Baudour et 2 sondages de recherche d'eau ont permis de
déterminer le contact du Houiller avec les terrains secondaires le recouvrant à des profondeurs
faibles (20-51 mètres). Le contact présente une inclinaison variable de 7° à 18°51.
Ces données ont conduits Mr Albéric Passelecq, administrateur de la
Société Anonyme du Charbonnage de Baudour, a imaginer de creuser des tunnels, inclinés vers le Sud de
20° environ, partant des affleurements et s'enfoncant dans le Houiller.
Le siège qu'il convient d'établir comprendra au minimum deux tunnels de 3,70 m de haut et de
3,50 de large. Ils seront distants de 44,50 mètres d'axe en axe. Ces tunnels seront revêtus de maçonnerie sur tout
leur périmètre.
Un des tunnels servira exclusivement à l'extraction: deux files de rails suspendus à
des poutrelles transversales; l'une des voies servira à la remontée des chariots pleins et l'autre
à la descente des chariots vides. Le second sera réservé à l'aérage, à l'approvisionnement des travaux
de fonds et à la translation du personnel.
L'idée concue par Mr Albéric Passelecq pour exploiter les riches couches de
charbon du Comble Nord peut être consulté à travers la publication de Marlière (1976) qui détaille
plus avant encore les grandes lignes directrices du projet.
Vous pouvez cliquer dans la carte à hauteur des tunnels pour avoir un détail de la zone.
Attention, le lien vous emmène sur une autre page: image en jpg de 62 ko.
Le terrain
Les photos prises dans le bois de Baudour illustrent:
- d'une part la présence de vapeur d'eau chaude s'échappant d'une cheminée d'aérage percée au toit
du tunnel (I) qui permet l'évacuation de la chaleur,
- d'autre part l'entrée du tunnel I et les 50 premiers mètres de la galerie.
Le creusement des deux tunnels
Pour entamer le creusement des galeries, il était impératif d'acquérir les terrains nécessaires à l'implantation des
infrastructures de surface. 39 hectares seront achetés par la S.A. du Charbonnage de Baudour à la famille de Ligne en date du 7 mai 1901.
Le lundi 25 mars 1901 commencait le creusement du tunnel II (4.30 m de hauteur et 4.0m de largeur en section à terres nues. Le tunnel I
démarrera peu de temps après. La pente est exactement de 20° sur les 120 premiers mètres.
Trois pompes mobiles suivent l'avancement des fronts et rabattent les eaux sans peine. L'inquiétude
se manifeste en 1902 et en 1903 par des éboulements de sables wealdiens avec des eaux de la nappe aquifère
des morts terrains. Impossible de continuer. Il faut rerprendre 100 mètres en arrière et recommencer le creusement avec une pente de 25° au lieu des
20° du début.
Des venues d'eaux plus chaudes sont signalées en 1904 (37°C) et pendant l'année 1905 (45°C) à 540 mètres
dans le tunnel II et à 929 m dans le tunnel I.
La lutte contre les venues d'eaux continuera pendant 28 mois et l'abandon sera définitif
le 25 mars 1908.
L'origine des eaux chaudes de Baudour
La présence de séries (calcaire Carbonifère, Grès famenniens, calcaire du Frasnien et du
Givetien) très puissantes sous le terrain houiller productif, notamment sous le Comble Nord du bassin,
se situent à de telles profondeurs (1500-2000 mètres) que le gradient géothermique normal suffit à expliquer
des élévations de T° supérieures à 53°C.
Ces formations sont hautement perméables (karst, fissures, failles, cavités diverses) et affleurent
en de nombreux endroits de fond de vallées, ou en bandes continues. Elles sont donc aptes à recueillir
les eaux d'infiltration dont une grande part devient prisonnière du complexe sédimentaire.
Les échanges physiques et chimiques s'établissent entre les eaux et la roche encaissante. L'eau originelle
se modifie à long terme et tend vers un nouvel équilibre de température, de sels et de gaz dissous,
d'état radioactif...
La radioactivité des eaux de Baudour provient sans nul doute des sels de Radium et des gaz
Radon et Hélium libérer à partir des schistes de Baudour et des veines de phtanites. L'élévation de
température est en relation avec la profondeur des venues et la fracturation des roches hôtes.
Références Bibliographiques
Pour de plus amples détails: consultez les références suivantes
Cornet, J. (1905-19006) - Le terrain Houiller sans houille (H1a) et sa faune dans
le bassin du Couchant de Mons. Annales de la société Géologique de Belgique, T. XXXIII, pages 139-152.
Brien, V. (1906-1907) - Les causes de la haute température des eaux rencontrées dans les tunnels de
inclinés du charbonnage de Baudour. Annales de la société Géologique de Belgique, T. XXXIV, pages 89-92.
Demanet, F.(1941) - La révision de la faune des tunnels de Baudour. Mémoires du
Musée Royal d'Histoire Naturelle, n°97, pages 47-48.
Delmer, A. (1968) - La zone de Beeringen et le Namurien dans le Comble Nord du Couchant de
Mons. Professional Paper, n°3, 14 pages et 2 planches.
Marlière R. (1976) - Les eaux chaudes de Baudour (Hainaut) et les "tunnels inclinés".
Mémoires et Publications de la société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut. Vol. 87,
pages 35-131.
Delmer, A., Leclercq, V., Marlière, R. et Robaszynski, F. (1982) - La Géothermie
en Hainaut et le sondage de Ghlin (Mons-Belgique). Annales de la Société Géologique
du Nord, pages 189-206.
Les Archives du Service Géologique de Belgique: Dossier Pl. Baudour. n°120, description des
terrains rencontrés par les tunnels, deux graphes des tunnels I et II datant de 1904 avec données
stratigraphiques des terrains recoupés. n°15 pour la tranchée de chemin de fer, n°16 à 27 pour
la campagne de sondages réalisés en reconnaissance à proximité de l'ouverture des entrées des tunnels.
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